LA FAIM EMOTIONNELLE

 

La faim émotionnelle est l’envie de manger qui se manifeste lorsque nous ressentons un besoin de réconfort ou de récompense face à une situation qui a suscité des montées émotionnelles.

Elle ne correspond ni à un besoin physiologique d’énergie – faim de l’estomac – ni à un besoin de certains nutriments – faim des cellules – mais à un besoin de réconfort ou d’apaisement…

Cette sensation, très intriquée avec la faim mentale, est difficile à appréhender et surtout à gérer. Elle est responsable d’une mauvaise relation avec les aliments.

 

Origine de la faim émotionnelle, la peur du manque

 

La peur du manque est à l’origine de nombre de perturbations des signaux physiologiques de la faim et donc des troubles du comportement alimentaire.

 

1- La peur du manque est inscrite en nous depuis notre naissance.

 

Lorsqu’il se réveille, le nouveau-né est dans le manque absolu, de l’autre qui n’est pas là. Il ne s’agit pas d’un manque de nourriture ou d’énergie, mais du manque de la présence, de la chaleur, de la complétude du corps maternel.

Que fait le bébé lorsqu’il se réveille et vit ce manque ? il pleure. Nous savons maintenant qu’il se met en état de panique avec des modifications de constantes biologiques : hypertension artérielle, tachycardie, hyperventilation…
Que font les parents lorsque le bébé pleure ? ils sont immédiatement alertés du fait du lien extrême qui existe entre les parents et le nouveau-né.
Comment répondent-ils aux pleurs ? Le plus souvent, en lui donnant le sein ou le biberon.

En effet, la mère, dès qu’elle a accouché vit dans la peur de perdre ce bébé encore très fragile et dépendant. Nous vivons encore de manière très prégnante les peurs de nos aieux liées aux périodes de famine qu’ils ont vécu jusque dans les années 1950.

L’amalgame est donc très vite installé entre la peur du manque et la réponse trop rapide par le lait. Les théories s’affrontent de nos jours sur le fait qu’il FAUT ou NE FAUT PAS faire ceci ou cela. Ce n’est pas le sujet de cet article. Rappelons simplement que l’être humain est tout sauf un robot dont le fonctionnement serait univoque. A chaque parent et à chaque enfant de vivre SA solution dans l’amour qui les réunit.

 

2- Se nourrir est un acte essentiel, d’emblée posé indispensable à la survie dans le mental des parents.

 

Dès la naissance, le parent invite son nouveau né à se nourrir de lait, et ce, plusieurs fois par jour.
L’allaitement est chargé d’émotions et le bébé intègre très vite que c’est un moment privilégié de sensualité et de volupté avec sa mère ou avec le père qui sait donner le biberon avec amour et tendresse.
Le bébé réalise également que s’il ne tète pas suffisamment aux yeux de ses parents, cela va générer de l’inquiétude voire de l’angoisse chez eux.

Deux voies “déviantes” dans le rapport à l’aliment sont ainsi très tôt installées :

  • manger pour faire plaisir aux parents et leur éviter l’inquiétude ;
  • manger plus que nécessaire pour profiter de moments privilégiés avec eux.

 

3- Certains aliments sont associés plus ou moins consciemment à des moments heureux ou malheureux dans l’enfance.

 

Nous connaissons de nombreux exemples vécus dans notre enfance : le gâteau confectionné avec amour par notre grand-mère, le pain au chocolat que l’on va chercher avec papa le dimanche, le bonbon proposé pour se consoler du bobo, les pop-corns ou la glace au cinéma…
Ainsi, face à une situation émotionnelle intense, qu’elle soit difficile ou très agréable, une envie forte peut apparaître pour un aliment précis en fonction de notre histoire.

La notion de plaisir est inhérente à la vie et le corps – et pas seulement le mental – a besoin de plaisir pour être en équilibre.
Pour une bonne immunité, un bon fonctionnement des viscères, pour que chaque cellule de notre équipe soit épanouie et gère correctement sa contribution à l’équilibre du corps tout entier, il est indispensable que la journée soit jalonnée de moments-plaisir.

Les temps de partage des repas sont pour la famille un temps privilégié. La solution se profile d’elle-même…
Si l’on a trop faim ou trop souvent faim, proposer d’autres moments de plaisir à votre corps et à votre mental : une lecture passionnante, une marche dans la forêt, un bain chaud, un massage…

 

4- Comment réguler au mieux un enfant pour qu’il ait une saine relation à l’aliment ?

 

Il est indispensable que le temps de repas soit un moment plaisir, de rencontre et de partage au sein de la famille où chacun mange à SA faim et pas en rapport de ce que croient les parents.

Le repas ne peut pas être un moment de dressage ou de menaces et l’aliment ne peut pas être une récompense. Dans tous ces cas, nous installons chez l’enfant de mauvaises raisons de manger qui n’ont plus rien à voir avec les besoins du corps.

Quelques exemples ravageurs : “si tu ne manges pas, tu seras puni”, “si tu ne finis pas ton assiette, tu vas être malade”, “finis ton assiette, pense un peu au petit africain”…

 

La faim émotionnelle prend différentes formes

 

1- Le besoin de manger pour combler un manque

 

Citons un état de tristesse, un deuil, lorsqu’on se sent seul, abandonné, découragé par les difficultés de la vie.
Se “remplir” avec l’aliment est alors une façon de combler le vide intérieur lors d’une crise d’angoisse, de diminuer une souffrance que l’on juge insupportable.

 

2- La tentative d’étouffer une émotion que nous ne pouvons pas accueillir 

 

Les situations sont fréquentes : après une dispute avec un proche,  pour se détendre lors d’un état de tension important ou bien lors d’une colère ou d’une peur que nous souhaitons refouler et oublier.

3- Le besoin de se récompenser

 

C’est dans ce type de situation qu’apparait la fatidique phrase :  “Je l’ai bien mérité”.
L’aliment est alors vécu comme une récompense vu l’effort fourni. Nous ressentons la nécessité de manger un aliment particulier, généralement dans des associations de sucré et de gras : du chocolat, des bonbons, une pâtisserie, un biscuit sec, du pain beurré, des produits ultra-transformés…
Il ne nous arrive jamais de nous jeter de manière compulsive sur des radis ou des brocolis 🙂

 

Comment gérer la faim émotionnelle ?

 

La première étape est évidemment la prise de conscience de l’existence de cette faim émotionnelle et donc de savoir la différencier d’une véritable faim physique.

Cette fausse faim se déclenche face à une émotion que nous sommes incapables d’assumer, le plus souvent parce que, dans l’enfance, les adultes nous ont expliqué que se mettre en colère n’était pas bien, que nous devions maitriser nos affects, qu’un garçon ne devait pas avoir peur, qu’il fallait retenir ses larmes et faire bonne figure en public, que nous devions être fort…

La solution réside dans le fait d’accepter toutes nos émotions, les bonnes et celles pour lesquelles on nous a proposé de ne pas les montrer ni les avouer. Lorsque nous accueillons enfin ces émotions qui sont montées en nous tant de fois et que nous nous sommes empressés de refouler, une grande détente s’installe, la respiration ventrale s’installe et les zones de tension et de noeuds s’estompent.

Cette juste gestion des émotions ré-installe une relation juste à l’aliment. Cela nous permet également de sortir d’un cercle vicieux bien connu :

  • des facteurs de stress et de tension engendrent un ballet de pensées
  • ces pensées engendrent un stress dans le corps avec sécrétion de cortisol ainsi que des montées d’émotions ;
  • la montée du taux de cortisol dérègle les métabolismes et fait que l’on prend du poids en regardant une pâtisserie 🙂 ;
  • les émotions, jugées inacceptables par le mental encombré de fausses croyances, sont refoulées ;
  • une tension interne importante s’installe d’où nouvelle sécrétion de cortisol ;
  • des pulsions vers certains aliments irrépressibles génèrent une crise de boulimie ;m
  • s’en suit une dévalorisation et un découragement avec le sentiment, une fois de plus, d’avoir manqué de volonté ;
  • d’où un sentiment de culpabilité

 

 

Exercice pour explorer la faim émotionnelle

 

Face à une envie irrépressible de manger, se poser, respirer et entrer en écoute de l’ensemble de l’équipe corps – mental – émotionnel :

  • au niveau du corps : si la respiration est thoracique, il y a un état de lutte, sensation de noeud ou de boule au niveau du ventre, du plexus solaire ou dans la gorge, contractures ou douleurs le long de la colonne vertébrale ou entre les omoplates ;
  • dès que la respiration s’est apaisée et devenue ventrale, observer les pensées qui viennent, l’état de tension et de stress ;
  • peut-on repérer des émotions particulières liées à des pensées.

Se demander si l’on est prêt(e) à manger n’importe quoi, y compris un aliment que nous n’apprécions pas.

Revisiter la journée et en particulier les dernières heures :

  • repérer des situations ayant généré des montées importantes d’émotions ;
  • les noter dans le carnet qui ne nous quitte pas ;
  • écrire également les aliments capables de satisfaire ces pulsions ;

Chercher des solutions qui permettraient d’éviter la prise d’aliments et les noter.

Cela permet lorsque nous sommes sur le point de craquer d’identifier plus aisément les situations et de reproduire les solutions trouvées.

 

En matière de conclusion, la faim du Coeur

 

Les aliments dans l’assiette ne sont qu’une infime part des nutritions de l’équipe Corps-Mental-Emotions.

 

Nous avons évoqué différentes nutritions lors de l’exploration des différentes formes de faims, des nutriments physiques mais également des nutriments énergétiques :

  • l’eau et les aliments,
  • l’oxygène de l’air,
  • la lumière solaire,
  • intellectuelle,
  • artistique,
  • connexion aux vivants autour de nous,
  • amour.

Les émotions sont au coeur de la nutrition, elles sont toutes fortement liées au jeu incessant qui se fait entre Coeur et Rein, entre l’Ame et l’Essence ou force de vie.
Le Coeur, logis de Shen, est dépositaire de la Joie, du rayonnement de l’Ame alors que le Rein est porteur de Jing, de l’essence de Vie.

L’émotion associée au Rein est la Peur.
Sur le mot “peur”, le monde non chinois fait un contre-sens : il ne s’agit pas d’une émotion négative qu’il faudrait faire disparaître mais bien de la capacité à aller introspecter, au plus profond de nous, d’aller rencontrer le dragon au fond de la grotte obscure pour danser avec lui, danser avec la Peur, l’éclairer par le rayonnement de Shen, de l’Ame.

Le jeu entre la Joie du Coeur, expression de l’Ame, et la Peur du Rein, introspection de l’Essence de Vie, permet petit à petit d’éclairer les peurs, de les exprimer et d’accéder à toujours plus de Joie.

La mauvaise gestion des émotions – ou leur non accueil – est la principale cause des perturbations des signaux physiologiques de la faim et donc des troubles du comportement alimentaire.

Apprendre à gérer les émotions, leur laisser toute leur place, les laisser s’EXprimer est la première étape pour accéder naturellement à  l’alimentation du Coeur.

En effet, c’est la Joie et l’Amour qui permettent d’éclairer et dépasser tout et d’enfin mettre en lumière toutes les émotions refoulées.
Si, en parallèle de cette introspection, nous installons une alimentation en pleine conscience.

Nous accédons à une autre dimension de l’alimentation qui nourrit le Coeur en tant que “logis de l’Ame” et invite à passer d’une nutrition sur un axe externe quotidien à une nutrition beaucoup plus énergétique et détachée.
De la même façon que nous pouvons envisager les organes des sens tournés vers l’extérieur ou vers l’intérieur, nous pouvons voir l’alimentation au service d’un quotidien matériel ou beaucoup plus énergétique. Dans cette voie, l’alimentation physique n’est plus un problème et même plus un sujet… et ouvre au monde pranique…

 

Un petit exercice pour toute une vie…

 

Passons au filtre de la pleine conscience cette sensation de faim qui se présente.
Choisissons en conscience de consommer l’aliment désiré, en sachant à quel besoin il répond, ou bien nous écartons la réponse alimentaire et trouvons un autre mode de gestion des émotions ou de la situation.

Prenons un moment pour entrer en contact, considérer l’aliment avec bienveillance.
Cherchons à d’identifier ce que ressent le Cœur. Est-il en joie ? Que ressentons nous ?
Consommons deux ou trois bouchées, pleinement.

Après une courte pause, demandons à notre cœur s’il souhaite en consommer plus.

Cet exercice de dégustation demande de la pratique encore et encore 🙂
Il est source de grandes découvertes, dans la finesse du ressenti.

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